Les cancers surviennent dans 2/3 des cas auprès des personnes de plus de 70 ans. Le traitement et la prise en charge des personnes âgées s’améliore d’année en année. Etat des lieux de l’onco-gériatrie en France avec le Dr Rabia Boulahssass, gériatre au CHU de Nice.

Le cancer est-il une fatalité chez les personnes âgées ?

Non parce que des traitements existent.

Il faut savoir que l’on guérit de nombreux cancers : presque la moitié (40%) en comptabilisant les cancers de la peau.
L’évaluation gériatrique est telle aujourd’hui qu’elle permet de proposer des traitements sur mesure. On fait de la « haute couture » pour le patient âgé afin de lui permettre de bénéficier de soins adaptés : chimiothérapie, radiothérapie, chirurgie. Une attention particulière est également portée à l’anesthésie et la prise en charge perioperatoire. Le but est de limiter au maximum les complications post opératoires comme les syndromes confusionnels.

 

Quel est le rôle du gériatre dans la prise en charge du cancer chez les personnes âgées ?

Les gériatres travaillent depuis une dizaine d’années en collaboration étroite avec les oncologues pour améliorer la prise en charge des personnes âgées. Cette collaboration permet d’adapter cette prise en charge en fonction de la fragilité de la personne. L’Institut National du Cancer a d’ailleurs financé plusieurs unités onco-gériatriques dans la France entière.
Le gériatre est également là pour faire de la prévention – primaire et secondaire. Il faut rappeler que l’activité physique et la manière de s’alimenter jouent un grand rôle dans la prévention des cancers. La prévention secondaire – après un cancer – permet de réduire le risque de récidive.

 

On entend couramment que les cancers évoluent plus lentement chez les personnes âgées.

C’est une idée reçue.

Des cancers de prostate, fréquents dans le grand âge peuvent évoluer assez souvent lentement et il est vrai que l’on voit plus de cancers du sein agressifs chez la femme de 25 ans, mais les cancers globalement évoluent de la même façon selon les âges.

Les facteurs "histopronostics" sont différents d’un individu à l’autre et explique le pronostic défavorable de certains cancers.
Il ne faut pas que les personnes âgées aient peur de consulter et d’aller se faire dépister. Le dépistage permet de déceler un cancer moins avancé et donc d’augmenter les chances de sa guérison. L’inquiétude des personnes âgées est souvent liée aux traitements. C’est un challenge pour nous de détecter des cancers de façon précoce.
Le frein chez les personnes âgées réside également dans l’inquiétude liées aux répercussions qu’un diagnostic de leur cancer pourrait entraîner auprès de leur famille, leurs enfants et leur aidant proche. Ils sont souvent très inquiets de la peine qu’ils vont engendrer.
Il n’est pas rare que certains renoncent au traitement parce qu’ils ne veulent pas laisser leur conjoint fragile seul. Le rôle du gériatre est alors primordial : il va pouvoir mettre en place un dispositif personnalisé comme un accueil de jour pour le conjoint de la patiente, un accueil temporaire en maison de retraite, des accompagnements à domicile (aides ménagères, auxiliaires de vie, etc.) permettant aux patients de pouvoir réaliser les traitements plus sereinement.

 

Le cancer est-il la maladie la plus courante chez les personnes âgées ?

L’âge est le premier facteur de risque !
Dans les cancers du sein par exemple, 30% des surviennent après 70 ans. Sont en cause les facteurs hormonaux. Concernant les facteurs environnementaux, on ne les maîtrise pas encore. Peu d’études ont été faites à ce sujet. Concernant les facteurs prédictifs de la survenue de cancer, l’obésité, l’absence d’activité physique sont des facteurs de risque majeurs : c’est ici que la prévention prend toute son importance.
Beaucoup d’études tout âge confondu après un cancer montrent que les risques de récidive réduit de façon importante (40%) si on suit une certaine hygiène de vie.

 

Quel message souhaitez-vous faire passer au grand public ?

Qu’il existe de nombreuses journées de sensibilisation comme « Mars bleu » pour le cancer colorectal, « Octobre rose » pour le cancer du sein auprès desquelles le grand public peut se rapprocher. Ce sont des journées spécifiques utiles pour la prévention : il faut savoir que le dépistage du cancer sein et du colon sont extrêmement important  en gériatrie.
Les patients âgés peuvent être adressés par les oncologues à des collègues gériatres pour une prise en charge conjointe.