Vous êtes président de l’ANAIG, Association Nationale des Internes de Gériatrie. Quelle est sa vocation ?

 

L’ANAIG a été fondée en janvier 2019, sous l’impulsion du Pr Gaëtan Gavazzi, Président du CNEG (Collège National des Enseignants en Gériatrie), par des internes en gériatrie et pour des internes du DES Gériatrie. L’objectif est d’avoir une entité représentative de l’ensemble des internes au niveau national, pour à la fois les représenter mais également pour faire remonter les informations, notamment autour de la formation dans chaque ville. Une de nos premières missions est d’harmoniser l’enseignement car nous nous sommes rendus compte qu’il y avait d’importantes disparités selon les villes.
Le bureau est composé de 6 internes : une interne de Paris, 2 de Lille, 1 à Marseille et 1 à Grenoble et moi-même qui suis à Lyon. Nous sommes la première génération d’internes en gériatrie suite à la création du DES Gériatrie – soit environ 200 à 250 internes.

 

 

Quelle est la spécificité des internes en gériatrie ?

 

La discipline étant nouvelle, il y a une importante dynamique autour du DES Gériatrie et de la promotion de la gériatrie en tant que spécialité. La synergie avec la Société Française de Gériatrie et Gérontologie et l’Association des Jeunes Gériatres et également très forte.
On se rend compte, comme je le disais, que la formation et l’application de la réforme du 3e cycle est très hétérogène. Certaines choses mises en place dans des villes ne le sont pas dans d’autres. À terme nous souhaitons obtenir une uniformisation nationale de l’enseignement – nous avons déjà créé des enquêtes dans ce sens.

 

Pourquoi avoir choisi la gériatrie ?

 

Il y a plusieurs raisons à cela.
Paradoxalement je m’étais plutôt orienté vers la pédiatrie. La gériatrie et la pédiatrie sont deux spécialités qui se ressemblent beaucoup sur la prise en charge humaine. En passant dans le service du Pr Gaëtan Gavazzi à Grenoble, j’ai découvert la gériatrie qui est une des rares disciplines où je me me suis senti à l’aise dans la prise en charge des patients. Le soin aux patients et l’amélioration de leurs quotidiens font parti de mes convictions  Et c’est en ça que la gériatrie me plait, on ne prend pas en charge que la pathologie du patient, mais on le prend en charge dans sa globalité. C’est très intéressant et très riche.
D’autre part, en tant qu’externe nous avons reçu une formation très généraliste et la gériatrie, tout comme la pédiatrie ou la médecine générale, est une spécialité où l’on peut appliquer toutes ces connaissances qui ne se limitent pas à un seul domaine. Chaque journée et chaque prise en charge diffère. Intellectuellement, c’est vraiment très stimulant et  intéressant.

 

Comment est structurée la formation du DES Gériatrie ?

 

Il y a tout une partie d’e-learning où des médecins et professeurs présentent des vidéos explicatives. Il y a également des cours de rétro-enseignements donnés par l’encadrement du DES au niveau local. À Lyon par exemple, pour la 1e année, en plus des vidéos e-learning à regarder en ligne (20mn chacune), sont organisées des séances une fois par mois de présentation bibliographique en alternance avec des sessions où on fait des simulations.
Ces simulations nous mettent dans des situations pratiques - jouer ces scènes entre internes avec des situations types telles que l’annonce d’un diagnostic, d’un décès ou une prise en charge de conflits avec une famille, nous apprend à gérer les relations sociales dans un service. On joue à tour de rôle un/une infirmier/ère, un membre de la famille, un médecin ou notre propre rôle d’interne. Ces situations pratiques sont très intéressantes car elles nous permettent de voir les choses sous un autre angle, d’adopter un autre regard que celui du médecin. On est également formé à faire de la bibliographie sur des sujets de notre choix, pour nous apprendre à lire des articles scientifique et à synthétiser nos recherches.

 

Depuis que vous vous êtes spécialisés en gériatrie, quels sont les moments forts que vous avez vécus ?

 

Incontestablement ce moment, au tout début du premier semestre, où on a transféré dans mon service une patiente arrivée de réanimation et dont les consignes données étaient de ne pas pas s’acharner thérapeutiquement. La patiente était très faible et on ne lui laissait que peu d’espoir de survie. Cependant, en relisant le dossier la décision des soins palliatifs m’a semblé inopportune, je ne comprenais pas pourquoi on ne lui donnait pas sa chance. J’étais à la fois révolté mais également très touché par cette situation. Nous avons avec le reste de l’équipe médical finalement décidé de lui donner cette chance et de lui apporter d’autres soins. Cette dame est toujours en vie et aujourd’hui elle est rentrée chez elle après un séjour en soins de suite et réadaptation. C’était une belle victoire et un grand moment émotionnel et professionnel pour moi.

Qu’avez-vous à dire à des externes qui devront choisir leur spécialité prochainement ?

 

Que si leur vision de la médecine c’est une vision de prise en charge globale et en ayant chaque jour une stimulation intellectuelle, la gériatrie est une des rares spécialités qui s’exerce à l’hôpital et qui rassemble tous ces critères. C’est une spécialité toute jeune, il reste beaucoup de choses à faire et à mettre en place, ça peut être aussi un moyen de s’épanouir pour eux. C’est vraiment une spécialité qui offre cette chance. Avec la création du DES, on a aussi des médecins et des professeurs qui ont à cœur de faire de cette spécialité une grande spécialité : il y a vraiment une forme de dynamisme et d’effervescence autour de la gériatrie qui manque parfois autour d’autres spécialités d’organe.

 

 

 

 

Pour tous les internes intéressés pour rejoindre l’association, contactez l’ANAIG anaig.contact@gmail.com
Pour tout renseignement sur le DES Gériatrie : www.devenirgeriatre.org et la liste des DES.