La dépendance iatrogène est la conséquence d'une mauvaise prise en charge hospitalière des personnes âgées.
Explications et recommandations avec Sandrine Sourdet, Gériatre au CHU de Toulouse et membre de la SFGG.

Qu’appelle-t-on la dépendance iatrogène ?

C’est la perte de capacité fonctionnelle que vont présenter les personnes âgées hospitalisées à la suite de cette hospitalisation. Elle est due en partie au terrain du patient, à la pathologie qui le mène à l’hospitalisation et surtout aux soins qui lui sont apportés pendant cette hospitalisation. Les soins qu’on apporte aux personnes âgées pendant leur séjour peuvent être plus délétères que bénéfiques.

 

Quels sont les principaux événements iatrogènes ?

"Cela peut être dû, par exemple, à un alitement injustifié : laisser un patient alité pendant 10 jours alors que le patient était arrivé en ambulatoire – c’est-à-dire qu’il pouvait marcher tout seul, va entraîner une perte de muscle qui peut l’empêcher de pouvoir marcher seul à nouveau. Il peut s’agir également d’une dépendance contrainte : aider les patients à s’habiller ou à se doucher alors qu’ils peuvent le faire seul peut avoir pour conséquences qu’ils ne sachent plus le faire seuls à leur sortie. Les infections nosocomiales, l’iatrogénie médicamenteuse ou l’utilisation de protections (ou sondes) urinaires utilisées de manière inappropriée (pour un grain de temps, par mésusage de soin ou parce que le personnel soignant n’a tout simplement pas demandé au patient s’il était continent ou pas) peuvent avoir des conséquences graves sur l’autonomie future du patient."

 

Quelle est la solution ?

"Lors de l’hospitalisation, pour prévenir les risques évitables de dépendance iatrogène liée à l’hospitalisation, il faut savoir remettre en cause les pratiques inadaptées en routine hospitalière et se donner les moyens du changement. Le problème est majeur : en effet, la dépendance iatrogène peut être irréversible – on pense que seulement 50% des personnes âgées qui ont perdu leurs capacités fonctionnelles vont les récupérer."

 

Quelles sont les recommandations à suivre lors de l’hospitalisation d’une personne âgée pour éviter cette dépendance iatrogène ?

"Nous avons remarqué que souvent les protocoles de soin étaient inadaptés aux personnes âgées. Pour commencer, traiter uniquement la pathologie aigue de la personne âgée ne va pas suffire. Il faut une prise en charge gériatrique globale. La Haute Autorité de Santé (HAS) a émis des recommandations." 

 

 

Quelles sont les mesures de base à adopter ?

"Une personne âgée ne doit pas rester alitée systématiquement. Elle doit être mise au fauteuil et il faut lui proposer de marcher (après avoir évalué le risque de chute) ; la laisser aller aux toilettes toute seule si elle était capable de le faire avant l’hospitalisation plutôt que mettre une protection urinaire ; éviter tous les médicaments potentiellement sédatifs ; être vigilants sur les apports alimentaires ; surveiller le poids, etc.
Concernant les protections urinaires, parfois, pour des raisons de temps, ou parce qu’on omet de demander au patient s’il est continent ou non, on lui pose une sonde urinaire.
Pour une population plus à risque (souvent à partir de 80 ans) qui a déjà été hospitalisée auparavant ou qui présente des troubles cognitifs, qui est isolée, dépressive ou dénutrie, une évaluation supplémentaire et une surveillance plus assidue s’imposent. Il faut alors faire appel à une équipe mobile de gériatrique du CHU."


À qui s’adresse ces recommandations ?

"Nous faisons ces recommandations pas seulement pour les services de gériatrie mais pour tous les professionnels de santé en contact avec les personnes âgées - les cardiologues, les chirurgiens orthopédiques, etc. Les équipes sous-estiment l’impact de cette dépendance iatrogène sur l’état de santé des patients âgés.
Idéalement nous aimerions que ces bonnes conduites soient surveillées notamment par la HAS. Dans les CHU, les services sont de plus en plus techniques et traitent parfaitement la pathologie (l’organe) mais les soins de base du patient sont souvent oubliés. A quoi sert de réparer le cœur d’une personne qui a fait un infarctus si celui-ci en raison de soins de bases inadaptés ne peut plus marcher à la sortie de son hospitalisation ?  Ce sont des gens qui vont bien sur le papier mais dans les faits auront perdu de leur autonomie car leur prise en charge aura été ratée."

 

Y a-t-il urgence ?

"Oui. Dans la mesure où il y a de plus en plus de patients âgés hospitalisés, il faut qu’on apprenne à les prendre en charge correctement. Nous savons que les gens âgés hospitalisés ont 60 fois plus de risque de développer des incapacités fonctionnelles que ceux qui ne le sont pas - 1 personne sur 6 devient dépendante pour la marche après l’hospitalisation. Il faut que tous les services aient cette prise de conscience et adoptent des réflexes de bonne prise en charge. N’oublions pas que l’objectif principal, en tant que gériatre, est de permettre au patient âgé de rester indépendant à domicile (marcher, manger, aller aux toilettes seul) le plus longtemps possible."