8 jours de canicule et on décompte déjà les premiers décès liés à la chaleur - et les jours à venir font craindre de nombreux décès à domicile.

Une enquête nationale flash conduite par la Société Française de Gériatrie (SFGG) et le Collège National des Enseignants de Gériatrie (CNEG) ces 25 et 26 juin 2026 auprès de 82 unités de gériatrie aiguë (UGA) rassemblant 3117 lits en France révèle une situation particulièrement préoccupante qui s’annonce dramatique pour les patients âgés comme pour les professionnels qui les accompagnent.

Alors que le plan Orsan d'échelon 3 a été déclenché hier et que l’hôpital accueille chaque jour de plus en plus de patients (dont la plupart âgés) en hyperthermie très sévères, cette enquête avait pour but de réaliser un état des lieux en temps réel de la situation des unités de gériatrie aiguë. Les résultats sont sans appel et révèlent des vulnérabilités structurelles : bâtiments insuffisamment adaptés, saturation des capacités hospitalières, difficultés de recrutement et manque de solutions en aval de l’hospitalisation, et soulignent que de simples mesures temporaires ne sont pas à la hauteur de la menace pour la population âgée.


Des résultats sans ambiguïté et une demande unanime

Interrogées sur les mesures à mettre en œuvre, les équipes placent très largement en tête la climatisation ou le rafraîchissement pérenne des chambres :
- cette mesure constitue la priorité numéro un de 55 % des répondants,
- elle figure parmi les trois premières priorités de 76 % des unités.

Viennent ensuite le renforcement des capacités de soins médicaux et de réadaptation et des structures d’aval, la mise à disposition immédiate de climatiseurs mobiles, le financement de l’adaptation thermique des unités et le renforcement temporaire des effectifs.

Aussi, la (SFGG) et le CNEG appellent les pouvoirs publics à engager sans délai une politique nationale d’adaptation des établissements sanitaires et médico-sociaux au changement climatique.

 

Les résultats de l'enquête en détail

 

 

Des chambres et des locaux de soins trop chauds

Dans près de la moitié des unités interrogées, les chambres ne disposent d’aucun système de rafraîchissement, même partiel. Seules 24 % des UGA disposent d’une climatisation dans toutes les chambres.

Les conséquences sont immédiates :

  • 72 % des unités signalent des températures excessives dans les chambres des patients,
  • 73 % rapportent des températures excessives dans les locaux professionnels,
  • 89 % constatent une fatigue ou une mauvaise tolérance de la chaleur parmi les soignants,
  • 17 % estiment ne disposer d’aucun dispositif de rafraîchissement satisfaisant.

Les ventilateurs, utilisés dans près de neuf unités sur dix, les brumisateurs ou les climatiseurs mobiles ne peuvent constituer à eux seuls une réponse durable. Ils représentent des solutions ponctuelles, parfois insuffisantes, difficiles à déployer et inadaptées à certaines situations cliniques.

 

Une patientèle âgée particulièrement exposée aux effets de la canicule

  • 2 unités sur 3 sont confrontées à des difficultés pour donner à boire (troubles cognitifs et/ou refus) compliquant la prévention de la déshydratation.

Les personnes âgées hospitalisées cumulent souvent plusieurs facteurs de risque : maladies chroniques, perte d’autonomie, troubles cognitifs, traitements multiples, difficulté à exprimer la soif ou à boire spontanément. Dans ces conditions, la chaleur peut rapidement entraîner une aggravation de l’état général, une décompensation cardiaque, rénale ou respiratoire, des chutes, un syndrome confusionnel, une perte d’autonomie ou une prolongation de l’hospitalisation, et peut aller jusqu’au décès.

 

Des filières hospitalières fortement saturées

L’enquête montre également que la canicule survient dans un système déjà soumis à de fortes tensions :

  • 89 % des unités signalent actuellement une tension sur le flux de patients aux urgences
  • 57 % des UGA connaissent des reports ou refus d’admission, une saturation régulière ou une situation critique nécessitant une réorganisation exceptionnelle,
  • 27 % des unités déclarent avoir actuellement des lits fermés, principalement en raison d’un manque de personnel médical ou paramédical

La fermeture de lits et la saturation des services diminuent la capacité des hôpitaux à absorber l’augmentation des besoins liée aux fortes chaleurs. Elles favorisent l’attente aux urgences, les hospitalisations dans des unités non spécialisées et les ruptures dans la continuité des parcours.

 

L’insuffisance de l’aval hospitalier bloque les sorties

La crise ne concerne pas seulement les urgences et les unités de gériatrie aiguë. Elle affecte l’ensemble de la filière de soins.

  • Près de 9 unités sur 10 considèrent que l’offre de soins médicaux et de réadaptation ou les autres solutions d’aval sont insuffisantes et pénalisent leur fonctionnement.
  • Pour 44 %, cette insuffisance est forte ou critique.

Parmi les unités ayant détaillé leurs difficultés :

  • 90 % signalent un manque de places en soins médicaux et de réadaptation (SMR),
  • 87 % rencontrent des difficultés pour organiser le retour à domicile,
  • 67 % indiquent que les structures d’aval sont elles-mêmes confrontées à la chaleur,
  • 42 % rencontrent des difficultés pour le retour en EHPAD,
  • 42 % constatent une disponibilité insuffisante de l’hospitalisation à domicile ou des services de soins à domicile